mercredi 25 avril 2012
La Compagnie s’est lancée dans l’interprétation scénique de deux nouvelles de Kafka, La Métamorphose et Un Artiste de la faim.
Il ne s’agit pas pour nous de chercher à restituer au théâtre des chefs-d’œuvres de la littérature : celle-ci n’opère pas sur nos consciences avec les mêmes codes que celui-là, et toute transcription littérale serait une trahison, voire un appauvrissement des deux genres. C’est d’autant plus vrai pour Kafka : ces nouvelles étant à ce point évocatrices que les matérialiser sur scène reviendrait à détruire leur univers, et donc leur intérêt. En effet, et pour ne prendre qu’un exemple, la métamorphose de Gregor Samsa en cancrelat est lourde de sens justement parce qu’elle nous demande un effort d’imagination : nous oscillions en permanence entre l’ancien Gregor (son statut d’homme) et le nouveau (son corps de bête). Dans cette oscillation réside la problématique de la nouvelle. Voir un cancrelat sur scène nous priverait de cet effort intellectuel, détruirait le sens voulu par Kafka.
Pour notre travail scénique, ce n’est donc pas l’extraordinaire prose de Kafka qui nous intéresse, mais les situations et les lieux qu’il crée. Un voyageur de commerce se réveille transformé en cancrelat dans La Métamorphose ; un jeûneur professionnel se produit en spectacles dans Un Artiste de la faim. Ces situations peuvent être aisément portées sur scène, à condition de faire des choix : puisque le comédien, le décor et le public par leur présence en disent plus que la nouvelle, alors il faut que cette « valeur ajoutée » fasse sens, qu’elle soit consciente et assumée, qu’elle définisse une thématique particulière.
Le théâtre, tel que nous le concevons et le pratiquons, se doit d’aborder par des situations concrètes des problématiques contemporaines. Or les situations kafkaïenne font échos, de manière plus ou moins explicite, à notre monde et à notre héritage culturel. Aussi, dans nos adaptations, nous choisissons une ou plusieurs de ces problématiques et nous les traitons par les moyens du théâtre : dans La Métamorphose nous abordons le sujet des pressions morales issues de la famille et du travail ; dans Un Artiste de la faim celui de l’utilité de la souffrance et du spectacle de la souffrance.
En d’autres termes, nous n’adaptons pas ces nouvelles, nous les interprétons théâtralement. Nous partons des situations imaginées par Kafka pour formuler, par les moyens et la force du théâtre, des problématiques que nous souhaitons transmettre à notre public.
Gregor Samsa : interprétation théâtrale de La Métamorphose.
Jeûneur : interprétation théâtrale d’Un Artiste de la faim.
À venir.